Les personnes souffrant d’un handicap mental ne devraient pas être euthanasiées

Dans l’année qui vient de s’écouler, j’ai soigné une jeune femme d’une vingtaine d’années souffrant d’anxiété et de dépression extrêmes depuis des années. La pandémie a exacerbé ses symptômes; elle est devenue anorexique. Malheureusement, l’accès aux diététiciens, psychiatres et psychologues a été extrêmement difficile et limité. En la voyant régulièrement et en me rendant disponible, je l’ai empêchée de perdre espoir.

En février 2021, le Parlement canadien a adopté le projet de loi C-7, ajoutant la maladie mentale comme critère d’Aide médicale à mourir [AMM] [entrée en vigueur en 2023]. Le Québec songe à suivre la même voie; c’est pourquoi, en compagnie de Me Natalia Manole, j’ai récemment participé aux audiences d’une commission parlementaire sur ce sujet et déposé un mémoire.

La maladie mentale comprend les troubles suivants : anxiété, dépression, bipolarité, obsession-compulsion, psychose, toxicomanie, anorexie et spectre du syndrome d’Asperger.

Les causes de ces troubles mentaux comprennent : le stress, la toxicomanie, une faible estime de soi, des difficultés d’adaptation, une perte personnelle, des abus, l’itinérance, l’isolement, la perte d’emploi et un faible revenu.

Une étude de 2017 de l’Association des psychiatres du Canada indique que seulement 29 % des psychiatres canadiens appuient l’AMM dans les cas de maladie mentale.

Même aux Pays-Bas, où l’euthanasie est pratiquée sur les malades mentaux, les deux tiers des psychiatres s’y opposent.

De plus, des études montrent qu’au moins 90 % des personnes qui ont mis fin à leur vie par suicide étaient touchées par des problèmes de santé mentale. Inutile d’ajouter que la plupart des personnes qui ont tenté ou commis un suicide ne veulent pas nécessairement mourir; ils veulent plutôt échapper à leur écrasante douleur émotionnelle.

Pour être euthanasié, vous devez donner un consentement libre et clair. Mais comment un malade mental peut-il donner un consentement libre et clair alors que le désir de mourir est un symptôme de maladie mentale? Même pour les contrats de base tels que l’achat d’une voiture ou la location d’un appartement, le contrat peut être résilié en raison de l’absence de consentement libre et clair d’un malade mental.

Selon une étude de la Harvard School of Public Health, 9 personnes sur 10 qui ont tenté de se suicider et qui ont échoué dans leurs tentatives et qui ont survécu par la suite ne se sont finalement pas suicidées après le traitement (https://www.hsph.harvard.edu/means-matter/means-matter/survival/). L’AMM est une route sans retour; il n’y a pas de survivants et pas de seconde chance d’être soigné et de vivre.

Nous devons communiquer à ceux qui envisagent le suicide que nous ne voulons pas qu’ils meurent, qu’ils nous sont précieux, qu’il y a toujours une raison de vivre et que nous les aiderons à résoudre leurs problèmes.

Nous devons apporter plus d’aide psychologique, sociale et financière à ceux qui sont en détresse.

Nous devons améliorer leurs conditions de vie en leur fournissant des logements abordables, de la nourriture et des moyens de subsistance de base.

Les personnes souffrant d’un handicap mental ne devraient pas être euthanasiées.

 

Dr Paul Saba, Médecin de famille

Co-fondateur de la coalition des médecins pour la justice sociale

Auteur du livre Fait pour vivre (https://www.faitpourvivre.com/)

Me Natalia Manole, Avocate